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« Le journalisme numérique doit aussi comprendre les algorithmes » : Bertrand Marquette raconte son parcours entre médias, SEO et creator economy

Installé à Nice, Bertrand Marquette évolue depuis plus de dix ans dans l’édition de sites, le référencement naturel et les médias numériques. Journaliste spécialisé dans la creator economy, directeur de publication et auteur, il revient sur son parcours atypique, la création d’Influenth et sa manière d’observer un secteur de l’influence devenu une véritable industrie.

Son parcours ne ressemble pas à celui d’un journaliste traditionnel passé par une grande école, une radio locale ou une rédaction nationale. Bertrand Marquette s’est formé directement sur Internet, au contact des moteurs de recherche, des plateformes sociales, de la monétisation et des évolutions rapides de l’information en ligne.

Dans cet entretien, Bertrand explique pourquoi le référencement naturel peut devenir un outil de compréhension des attentes du public, comment la creator economy s’est professionnalisée et pour quelles raisons un média spécialisé doit aller au-delà des simples polémiques entre influenceurs.

Vous travaillez dans le numérique depuis plus de dix ans. Comment votre parcours a-t-il commencé ?

Bertrand Marquette : J’ai commencé très tôt à m’intéresser à la création de sites Internet, au référencement naturel et à la manière dont une page pouvait parvenir jusqu’à son public. Au départ, mon approche était surtout technique et entrepreneuriale. Il fallait comprendre Google, produire des contenus utiles, développer une audience et trouver un modèle économique viable.

Avec le temps, je me suis davantage intéressé à la dimension éditoriale. Derrière chaque recherche Google, il y a une question, une préoccupation ou parfois une inquiétude. Comprendre ces recherches, ce n’est donc pas uniquement chercher des visites. C’est aussi observer ce qui intéresse réellement les internautes à un moment précis.

Cette expérience m’a progressivement conduit vers la direction de médias et le journalisme spécialisé. Aujourd’hui, j’essaie de réunir ces différentes compétences : l’écriture, la vérification, la compréhension des plateformes et la distribution des contenus.

Votre société Boommerce a été créée en 2015. Que représente cette étape dans votre parcours ?

Bertrand : La création de Boommerce a marqué la professionnalisation de mon activité. Elle m’a permis de structurer plusieurs projets liés à l’édition de sites, au référencement et à la production de contenus.

Lorsqu’on dirige ses propres médias, on comprend rapidement que le travail ne s’arrête pas à la rédaction d’un article. Il faut réfléchir à la ligne éditoriale, au choix des sujets, à la crédibilité des sources, à la visibilité, aux revenus et à la pérennité du projet.

Cette dimension entrepreneuriale influence forcément ma manière de travailler comme journaliste. Je connais les contraintes d’une rédaction numérique indépendante et la difficulté de produire une information sérieuse dans un environnement où les plateformes, les usages et les algorithmes évoluent constamment.

Pourquoi avoir choisi de vous spécialiser dans la creator economy ?

Bertrand Marquette : Parce que nous assistons à la naissance d’une nouvelle industrie médiatique. Pendant longtemps, les influenceurs ont surtout été présentés comme des personnalités devenues célèbres sur Internet. Aujourd’hui, la réalité est beaucoup plus complexe.

Il existe des créateurs, des agents, des agences, des plateformes, des annonceurs, des outils technologiques, des juristes et des investisseurs. Des entreprises entières se construisent autour d’une audience développée sur YouTube, TikTok, Instagram, Twitch ou Snapchat.

Le secteur mérite donc d’être traité comme une véritable économie. Il faut parler des réussites et des audiences, mais aussi des contrats, de la fiscalité, de la publicité, des droits d’utilisation, de l’intelligence artificielle et de la dépendance aux plateformes.

Influenth est aujourd’hui au centre de votre activité éditoriale. Quelle est l’ambition du magazine ?

Bertrand : Influenth a pour objectif de décrypter l’influence et la creator economy avec une approche journalistique. Le média suit l’actualité des créateurs, mais il ne doit pas devenir une simple caisse de résonance des buzz ou des polémiques.

Lorsqu’un phénomène devient viral, nous essayons de comprendre son origine, sa diffusion et ses conséquences. Qui profite de cette visibilité ? Existe-t-il une opération commerciale ? Quel rôle joue l’algorithme ? Pourquoi cette tendance fonctionne-t-elle aujourd’hui alors qu’elle aurait pu passer inaperçue quelques mois plus tôt ?

Le magazine s’adresse aussi aux professionnels du secteur : marques, agences, créateurs, entrepreneurs et personnes qui souhaitent comprendre les transformations des médias sociaux.

Peut-on réellement associer journalisme et référencement naturel ?

Bertrand Marquette : Oui, à condition de ne pas confondre référencement et manipulation. Le SEO ne doit pas dégrader l’information. Il doit aider un contenu fiable et utile à rencontrer son public.

Un journaliste numérique doit comprendre comment les gens recherchent une information. Cela permet de répondre précisément à leurs questions, d’utiliser les bons mots et de structurer un article de manière plus lisible.

Les données de recherche permettent également d’observer l’évolution d’un sujet. Une polémique peut commencer avec le nom d’une personnalité, puis entraîner des recherches sur une marque, une loi, une pratique commerciale ou une plateforme. Ces évolutions donnent des indications sur ce que le public cherche réellement à comprendre.

Le choix des titres est-il devenu aussi important que le contenu lui-même ?

Bertrand : Le titre a toujours été important dans la presse. Sur Internet, il l’est encore davantage, car il apparaît dans Google, sur les réseaux sociaux, dans Google Discover ou dans les notifications.

Un bon titre doit donner envie de lire tout en restant fidèle à l’article. Il peut être intrigant, précis ou surprenant, mais il ne doit pas promettre une information absente du contenu.

J’apprécie particulièrement les titres journalistiques qui contiennent un élément concret : un chiffre, un lieu, une date, une entreprise ou une situation clairement identifiable. Cela permet au lecteur de comprendre immédiatement pourquoi le sujet mérite son attention.

Comment évitez-vous de transformer une rumeur ou une vidéo virale en information ?

Bertrand Marquette : Il faut revenir à l’origine. Une vidéo peut être ancienne, coupée, sortie de son contexte ou publiée par un compte qui ne précise pas le lieu ni la date. Le nombre de partages ne constitue jamais une preuve.

Nous cherchons donc la publication initiale, les déclarations des personnes concernées, les documents officiels et les sources médiatiques fiables. Lorsqu’une information reste incertaine, il faut le dire clairement.

La vitesse ne doit pas faire disparaître la prudence. Il est préférable de publier un peu plus tard que d’affirmer quelque chose de faux uniquement parce que le sujet est en train de devenir viral.

Les influenceurs sont-ils devenus des médias à part entière ?

Bertrand : Certains le sont incontestablement. Ils disposent d’une audience, d’une ligne éditoriale, de moyens de production et parfois d’équipes comparables à celles de petites entreprises médiatiques.

La grande différence vient du lien personnel avec leur communauté. Le public ne suit pas uniquement un sujet, mais une personnalité, un ton et une histoire. Cette proximité crée une capacité de mobilisation très forte.

Mais cette influence implique aussi des responsabilités. Lorsqu’une personne recommande un produit à plusieurs centaines de milliers d’abonnés, son message peut avoir des conséquences économiques réelles. C’est pour cette raison que la transparence commerciale et la protection des publics sont devenues essentielles.

Pourquoi avoir publié un livre consacré à l’influence marketing ?

Bertrand Marquette : Je voulais proposer une vision structurée d’un secteur souvent abordé de manière fragmentée. On parle beaucoup des influenceurs, mais rarement de l’ensemble de l’écosystème qui permet à cette activité d’exister.

Dans La Bible de l’influence marketing, j’aborde la création d’une audience, le fonctionnement des plateformes, la monétisation, les relations avec les marques et la professionnalisation des créateurs.

L’objectif est de montrer qu’une audience ne suffit pas. Il faut savoir construire une identité, comprendre son public, développer des revenus et protéger son activité face aux changements d’algorithmes.

Le fait de travailler depuis Nice change-t-il votre vision d’un secteur très parisien ?

Bertrand : La plupart des grandes agences, des annonceurs et des événements professionnels restent concentrés à Paris. Pourtant, la creator economy est naturellement décentralisée.

Un créateur peut développer une communauté importante depuis Nice, Marseille, Lille, Toulouse ou une petite commune. Il n’a pas nécessairement besoin d’être installé à proximité des médias traditionnels pour toucher un public national.

Travailler depuis Nice permet aussi de prendre du recul sur certaines habitudes du milieu. L’influence ne concerne pas uniquement quelques célébrités parisiennes. Elle transforme aussi la communication des commerces locaux, des associations, des sportifs, des institutions et des entrepreneurs.

Comment voyez-vous l’évolution du journalisme numérique ?

Bertrand Marquette : Le journaliste numérique devra être de plus en plus polyvalent. Il devra évidemment savoir enquêter, vérifier et écrire, mais aussi comprendre les images, la vidéo, les plateformes et les mécanismes de distribution.

Les algorithmes occupent désormais une place centrale dans l’accès à l’information. Ils déterminent en grande partie ce que les utilisateurs voient sur leur téléphone. Les journalistes doivent donc les étudier avec la même attention que les autres acteurs capables d’influencer le débat public.

Le défi sera de conserver des standards journalistiques solides tout en s’adaptant aux nouveaux usages. La technologie change, mais les principes restent les mêmes : vérifier, contextualiser, expliquer et assumer ce que l’on publie.

Comment définiriez-vous finalement votre métier aujourd’hui ?

Bertrand : Je me considère comme journaliste spécialisé, directeur de publication et entrepreneur des médias numériques. Ces fonctions sont différentes, mais elles se complètent.

Le journalisme permet de comprendre et de raconter. La direction de publication oblige à assumer une ligne éditoriale. L’entrepreneuriat permet de construire des médias indépendants capables de durer.

Mon objectif est de documenter les transformations du Web, de l’influence et de la creator economy avec une approche accessible, concrète et ancrée dans les réalités économiques du secteur.

Un parcours représentatif d’une nouvelle génération de journalistes

À 33 ans, Bertrand Marquette incarne un profil hybride qui se développe progressivement dans les médias en ligne. Son parcours réunit l’édition de sites, le SEO, le journalisme spécialisé, la direction de publication et l’écriture d’ouvrages professionnels.

Cette trajectoire reflète aussi l’évolution du métier. Les journalistes ne travaillent plus uniquement pour des rédactions traditionnelles. Certains créent leurs propres supports, développent une expertise de niche et construisent directement leur audience.

Dans un environnement où les plateformes peuvent accélérer ou faire disparaître un sujet en quelques heures, Bertrand défend un journalisme capable de comprendre les nouvelles formes d’attention sans renoncer à la vérification des faits.

Sources

Rédacteur en chef du site Duteurtre.com – Je partage mes actus et bons plans

Une réponse

  1. Intéressant de voir l’évolution du journalisme vers une compréhension des algorithmes. Cela témoigne de l’adaptation nécessaire aux mutations numériques. Bertrand Marquette semble avoir une expertise diversifiée qui suscite la curiosité.

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