« L’Été 76 » de Benoît Duteurtre. Entretien Gallimard

L’Été 76 de Benoît Duteurtre. Entretien

Rencontre avec Benoît Duteurtre, à l’occasion de la parution de L’Été 76 en mars 2011.

Vous avez choisi le genre «roman» pour un ouvrage qui ressemble fort à une autobiographie…

Benoît Duteurtre — C’est toujours un choix délicat. J’avais déjà mentionné «roman» pour Les Pieds dans l’eau. Certains de mes amis étaient pour, d’autres contre, mais cette question de genre n’a pas tellement d’importance. Il me semble toutefois que ces récits autobiographiques sont composés comme des romans, qu’ils sont une tentative littéraire de recréer un monde disparu, au plus près possible de la réalité, mais avec aussi des choix, des personnages, des intrigues reconstitués à travers les souvenirs : ici, en particulier cette histoire avec Hélène, qui avait 17 ans quand le narrateur en avait 15… Le narrateur, c’est-à-dire moi ! C’est mon histoire, bien sûr, mais je voudrais que cela se lise comme une histoire. Vous remarquerez aussi que la structure du livre tient autant du roman que du récit, avec par exemple ces petits chapitres en italiques qui s’insèrent entre les différentes parties et auxquels j’ai donné des titres «à la manière d’Erik Satie» : Prélude nerveuxInterlude curieuxPostlude songeur.

Comment lire le «Quand j’étais moderne…» qui sert de titre à la deuxième partie ?

Benoît Duteurtre — Ce récit, par certains côtés, est un hommage à l’art moderne, tel que je l’ai découvert adolescent à travers les lectures, la musique, la peinture. Depuis longtemps je voulais recréer ce moment d’enthousiasme, où la vie dans toutes ses richesses s’ouvre à la curiosité d’un garçon de quinze ans, en même temps que l’amour et l’amitié. C’est ainsi que je l’ai vécu moi-même au Havre, vers 1976, sur fond de social-démocratie finissante. Évidemment, cet intitulé «quand j’étais moderne» prend un sens particulier, plus ironique, du fait que mes livres comportent souvent une satire de notre époque et de la modernité. On m’a même parfois classé comme «antimoderne». Il n’empêche que l’art moderne fut la première passion de ma vie, qu’il m’a toujours accompagné depuis cet âge, qu’il a nourri mes goûts littéraires et musicaux.

La province que vous évoquez n’est-elle pas un monde disparu ?

Benoît Duteurtre — La province est une notion importante dans ce roman. J’insiste sur ce mot parce qu’il ne signifie plus grand-chose aujourd’hui ; si bien qu’il a fini par prendre une connotation démodée, vaguement insultante… Dans les années soixante-dix, le côté laborieux de la vie provinciale, la distance et la fascination de Paris étaient beaucoup plus marquées. Mais cette distance avait aussi quelque chose de bon : elle nous obligeait à inventer notre propre monde, à l’écart des grands mouvements artistiques ou politiques. Elle nous faisait rêver à l’échelle de cette ville éloignée où nous vivions, nourris par des disques, des lectures, des paysages. J’ai d’ailleurs voulu donner dans ce livre une grande importance aux promenades dans le port, au décor du Havre, à l’air de la mer.

On a le sentiment que ces années d’adolescence renferment le meilleur de l’existence, qu’ensuite les jeux sont faits…

Benoît Duteurtre — C’est vrai, notre imaginaire renvoie toujours à quelque âge d’or, qu’il se situe dans le passé ou dans notre propre vie. Et en ce sens, ces années de 15 à 17 ans ont été pour moi comme l’éclosion soudaine de toutes les passions et de tous les plaisirs qui ont ensuite compté dans ma vie. C’est pourquoi j’ai toujours pensé qu’il me faudrait un jour écrire ce livre. J’ai cru le moment venu de le faire.

 

© Éditions Gallimard

Voir aussi :

Librairie La Galerne, Le Havre, 20 mai 2011

Ali Rebeihi, Comme on nous parle, France Inter, avril 2011

L’été 76, JT, France 24, avril 2011

Lire aussi :

À écouter Le masque et la plume sur France Inter en 2011 :

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