Esquisse autobiographique

Benoît Duteurtre

Esquisse autobiographique

Je suis né le 20 mars 1960 à Sainte-Adresse, près du Havre. Mon père travaillait dans l’administration du « Port Autonome », et je suis l’aîné de cinq enfants.

Anniversaire de René Coty et Benoît Duteurtre

Anniversaire de René Coty et Benoît Duteurtre

 

Ma famille est principalement originaire de cette ville et des environs, notamment mon arrière-grand-père René Coty, second président de la Quatrième République. Seul mon grand-père maternel, Maurice Georges est issu d’une famille vosgienne. Il fut médecin et député gaulliste du Havre de 1962 à 1974. Son frère possédait un moulin dans les environs de Gérardmer où j’ai passé, enfant, toutes mes vacances et où j’ai développé un fort attachement pour cette région (très présente mes romans À propos des vaches, Chemins de fer ou Livre pour adultes).

 

Le goût de la littérature était marqué dans ma famille, particulièrement chez mon père. Et j’ai moi-même, vers l’âge de quinze ans, commencé à me passionner pour la poésie, la musique, et l’art moderne dans son ensemble. Comme je pratiquais depuis l’enfance le piano et le chant, j’ai décidé en 1977 d’entreprendre des études de musicologie. Mon véritable but était toutefois d’être écrivain et j’ai, dès cette époque, écrit beaucoup de textes, de poèmes, de proses, rassemblés par mes soins dans de petits recueils. Je suis également allé frapper à la porte de l’écrivain Havrais Armand Salacrou qui m’a reçu et donné quelques conseils (j’évoque cette période de ma vie dans L’été 76).

 

Benoît Duteurtre au Havre. Photo Erik Lavilly

Benoît Duteurtre au Havre. Photo Erik Lavilly

Durant mes trois années d’études à Rouen où j’ai obtenu en 1980 une licence de musicologie, j’ai composé quelques œuvres musicales, d’abord sérielles, puis répétitives. J’ai également suivi des stages de composition à Aix-en-Provence auprès de Karlheinz Stockhausen, Iannis Xenakis et Giorgy Ligeti. Dès ces années d’étude, j’ai passé beaucoup de temps à Paris, attiré par les milieux de la musique et du spectacle. Je me suis alors rapproché de la compagnie Lubat et de son acteur et chanteur Norbert Letheule, avec lequel j’ai commencé à me produire sur scène, au piano : en 1980 au Printemps de Bourges, puis au théâtre des Amandiers de Nanterre et dans divers autres lieux – auprès de musiciens de jazz tels que Henri Texier, Claude Barthélémy, Jean-François Pauvros…

 

Années 1980

Benoit Duteurtre - À nous deux, Paris ! Folio 5690

Benoit Duteurtre – À nous deux, Paris ! Folio n° 5690

 

Installé complètement à Paris fin 1979, j’ai traversé une période qu’on pourrait qualifier de « bohème » par sa vie noctambule, ses consommations de drogues et ses fréquentations aux frontières du monde artistique et des « classes dangereuses » (ces expériences ont inspiré en particulier mon roman À nous deux, Paris). Je n’en continuais pas moins à écrire des textes de prose poétique que j’ai envoyés à Samuel Beckett pour qui j’éprouvais une vive admiration. Sur son conseil, j’ai publié en 1982 un premier texte intitulé Nuits dans la revue Minuit, dirigée par Mathieu Lindon. Ce fut malheureusement le dernier numéro de cette revue.

J’ai connu alors plusieurs années de galère et petits boulots tels que manutentionnaire au BHV, enquêteur pour des instituts de sondages, et surtout professeur et accompagnateur de piano. Je vivais dans le quartier Montparnasse, je passais mon temps libre à écrire, et je me continuais à me produire dans quelques spectacles avec Norbert Letheule

Benoît Duteurtre & Norbert Letheule

et avec la chanteuse Zoé Zag. J’ai également participé en 1983 à l’enregistrement d’un tube, Paris Latino, dans lequel je tiens les parties de clavier. Dans la même période, j’ai redécouvert la côte normande que je n’aimais guère durant mon enfance, et j’ai pris l’habitude d’y séjourner régulièrement, entre Étretat où mes cousins possédaient une villa, et Saint-Pierre en Port chez mes amis Élisabeth et Olivier Bernard.

Mon premier roman, Sommeil perdu, paru en 1985 chez Grasset est librement inspiré par cet apprentissage. Il fut publié à l’initiative du jeune éditeur et journaliste Jérôme Garcin, mais il ne suscita qu’un faible écho. En 1987, je publiai chez Calmann-Lévy un second roman, intitulé Les Vaches dans lequel j’évoque mon amour des Vosges, sur un mode fantaisiste, où la prose poétique se mêle à des passages plus réalistes. Ce deuxième roman allait marcher moins bien encore que le premier, et j’en ai écrit plus tard une nouvelle version sous le titre À propos des vaches, repris en poche avec une postface de mon ami Jean-Pierre George.

Ces deux premiers livres aux succès plus que mitigés allaient toutefois m’entrouvrir les portes de la presse où j’ai commencé à publier des critiques dans le mensuel Le Monde de la musique. Ils m’ont également permis de rencontrer Jean Lafont, directeur des arènes de Nîmes qui m’a commandé plusieurs textes pour ses productions d’opéra. Il m’a également présenté René Koering, directeur du festival de Radio France et de Montpellier qui m’a proposé de l’épauler pour ses recherches musicologiques. Au cours des années suivantes, j’ai écrit comme critique musical et journaliste dans des titres aussi divers que Révolution, La Vie Catholique, Elle, Vingt ans, Playboy… En 1988, je me suis installé rue d’Arcole, dans l’île de la Cité où je demeure depuis lors.

Peu avant, le romancier Morgan Sportès, que j’avais connu après la parution de Sommeil perdu, m’avait présenté à Jean-Edern Hallier. Celui-ci m’a attiré dans sa bande au moment de la relance L’Idiot International où j’ai tenu un feuilleton musical. J’ai également rencontré Philippe Sollers qui a publié dans la revue L’Infini plusieurs nouvelles dans lesquelles – plus nettement que par le passé – je commençais à m’intéresser à une description décalée et comique de mon époque.

C’est ainsi que sont parus chez Gallimard, dans la collection L’Infini, mon troisième roman, L’Amoureux malgré lui, qui n’a guère rencontré davantage d’écho que les précédents ; puis le quatrième Tout doit disparaître, nouvel échec qui allait cependant marquer un tournant. Cette dérive dans France moderne, entre milieux journalistiques et parcs d’attractions, est en effet mon premier roman pleinement personnel par la forme, par le ton et par le sujet.  Il tranchait nettement sur ce qui se publiait alors comme nouvelle littérature : le feuilletoniste du Monde devait le souligner en dénigrant cette prose terre à terre à laquelle il opposait l’écriture sophistiquée d’un auteur des Éditions de Minuit. Ce livre allait toutefois m’attirer la sympathie de Milan Kundera et de Guy Debord, dont les cartes postales, trouvées dans ma boîte aux lettres au retour d’un voyage allaient compenser largement les faibles ventes – tout comme les rares critiques élogieuses signées de jeunes journalistes comme Frédéric Taddei ou Frédéric Beigbeder. Quelques années plus tard, j’ai fait reparaître en poche ce roman qui a trouvé en Folio un public nettement plus important que lors de la première édition.

 

Années 1990

Durant les années 1990, mes activités musicales se sont renforcées après la rencontre du compositeur Marcel Landowski qui avait remarqué mes articles polémiques sur la musique contemporaine et qui m’a proposé de travailler avec lui à la création d’une association de soutien aux jeunes compositeurs. Fondé en 1991, Musique Nouvelle en Liberté allait encourager de nombreux talents naissants, comme ceux de Guillaume Connesson ou Thierry Escaich. Au même moment, j’ai quitté Le Monde de la musique pour le mensuel concurrent, Diapason, dont le directeur Yves Petit de Voize m’a donné une grande liberté pour aborder tous mes sujets favoris, comme la musique contemporaine, le répertoire français ou même l’opérette (nous avons également organisé ensemble, en septembre 1991, la première Biennale de la musique française de Lyon). Dans le prolongement de ces activités, j’ai publié en 1995, sur la sollicitation de l’éditeur Georges Liébert, un essai polémique sur la musique du XXe siècle : Requiem pour une avant garde qui allait susciter de violentes réactions dans le milieu culturel. Après les diffamations d’une journaliste du Monde, j’ai obtenu en justice les excuses du journal, et la campagne s’est retournée en ma faveur grâce à des soutiens très divers, de Jean-François Revel à Claude Lévi-Strauss en passant par l’International Herald tribune. Cet épisode a contribué à me faire connaître… mais aussi à m’affubler d’une étiquette « anti-moderne » assez éloignée de mon propos : celui-ci consistant à dénoncer le dogmatisme d’une avant-garde devenue contraire à l’esprit aventureux de la modernité.

Mon image de polémiste s’est néanmoins renforcée avec mes romans suivants, tous parus chez Gallimard dans la collection blanche. J’y dépeins sur un mode satirique divers aspects de la société contemporaine : le monde gay dans Gaieté parisienne (mon cinquième roman et le premier à obtenir un petit succès en 1996), la vie quotidienne dans Drôle de temps (qui allait me valoir en 1997 le Prix de la Nouvelle de l’Académie Française), les rapports de classe dans Les Malentendus. Après Requiem pour une avant-garde, ces livres n’allaient pas améliorer ma réputation auprès d’une certaine gauche prompte à débusquer des complots réactionnaires. Mais j’allais obtenir une sympathie plus marquée de journaux comme Le Figaro Littéraire auquel je collabore occasionnellement depuis cette époque.

18 janvier 1996

20 janvier 1997

02 juillet 2009

 

Ces années ont vu aussi se nouer des amitiés durables, notamment avec Milan Kundera et avec Jean-Jacques Sempé qui allait illustrer les couvertures de presque tous mes romans en Folio, ou encore avec Michel Houellebecq, rencontré à la revue Les Lettres françaises où je tenais un feuilleton littéraire, et que je voyais souvent depuis la parution son premier roman. Associé à Frédéric Beigbeder dans l’éphémère revue NRV, je participai également à la création de L’Atelier du roman, dirigée par Lakis Proguidis, et me rapprochai d’écrivains comme Philippe Muray, Dominique Noguez – mais aussi de figures du milieu littéraire et mondain comme Bernard Minoret ou Marcel Schneider. C’est également durant ces années 1990 que je fréquentai le plus assidûment New-York, ville dont j’étais tombé amoureux à mon premier voyage, et où je séjournais plusieurs fois par an avec pour guide mon grand ami écrivain new-yorkais Bruce Benderson.

Benoît Duteurtre, lessive à New York

Benoît Duteurtre, lessive à New York

Début 1999, je rencontrai à Paris Jean-Sébastien Richard et nous vivons ensemble depuis lors.

 

Années 2000

En septembre 2001 est paru Le Voyage en France,

Benoît Duteurtre, Le Voyage en France – Chinois

un roman dans lequel s’entremêlent nombre de mes thèmes favoris : New York, la côte normande, la France et l’Amérique. Ce livre allait obtenir le prix Médicis, malgré l’opposition virulente de plusieurs jurés qui allaient quitter le repas en signe de protestation. Ce fut toutefois un heureux moment qui allait contribuer à me faire mieux connaître et à me valoir mes premières traductions (une dizaine pour cet ouvrage) – quand bien même ce livre comporte des maladresses et n’est pas le premier que je recommanderais pour me connaître !

 

The little girl and the cigarette, ISBN9781933633121, Melville House Publishing, Septembre 2011

En 2003, j’ai publié Service Clientèle, un « roman bref » sur la solitude du consommateur moderne, traduit dans une dizaine de langues. L’année suivante, après la parution de La Rebelle, Claude Durand, PDG des éditions Fayard m’a proposé de devenir mon éditeur et j’ai décidé, en bonne entente avec Gallimard, de partager mes activités entre ces deux maisons. De fait, les années qui ont suivi ont été assez intenses avec un livre nouveau chaque année. Premier roman paru chez Fayard, La Petite Fille et la cigarette allait m’ouvrir beaucoup de portes hors de France avec ses traductions dans vingt langues, notamment aux USA où ce roman a obtenu un certain succès et s’est même vu plagié par l’acteur de cinéma Shia Labeouf dans une affaire très médiatisée ! Au fil des années, La Petite Fille et la cigarette a donné lieu à plusieurs adaptations scéniques, en particulier en République Tchèque où il a été représenté dans tout le pays. Le dessinateur français Sylvain Moizie en a tiré une adaptation en bande dessinée.

Dans la suite de ce livre, j’ai plutôt réservé aux éditions Fayard une série de roman frôlant l’anticipation ou l’étrange, tels que Chemins de fer (2006), La Cité heureuse (2007), et Le Retour du Général (2010) où j’imagine le retour au pouvoir du Général de Gaulle dans la France d’aujourd’hui, après plusieurs années de congélation. Ce livre a obtenu le prix de l’Internaute. Je suis revenu au même genre en 2014 dans L’Ordinateur du Paradis, qui a figuré sur la sélection du prix Goncourt avant de paraître notamment en Allemagne et en Chine. J’ai pu observer, d’une façon générale, que mes romans de pure fiction suscitaient davantage d’intérêt à l’étranger, tandis que le goût français préfère mes livres autobiographiques, ceux-ci étant beaucoup moins traduits.

Au cours de ces années, mon existence suivi une organisation assez régulière, ponctuée par de longs séjours d’écriture : l’été à Étretat, l’hiver dans les Vosges. Attaché à ma liberté, je  n’ai jamais voulu d’activité permanente dans la presse ni dans le milieu musical, mais j’ai continué à consacrer une partie de mon temps à l’animation de l’association musicale fondée avec Marcel Landowski et désormais présidée par le chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus. J’ai également continué à écrire dans plusieurs journaux, spécialement dans Marianne, auquel je me suis associé dès la création, à la demande de Jean-François Kahn. J’ai en outre assumé pendant quelques années la direction de la collection « Solfèges » aux éditions du Seuil.

Benoît Duteurtre chez lui dans les Vosges. Photo J.-S. Richard

Benoît Duteurtre chez lui dans les Vosges. Photo J.-S. Richard

En 1999, après avoir publié un livre sur L’Opérette en France, j’ai fait mes débuts de producteur à France Musique, avec une émission de chansons et d’opérette intitulée Les beaux Dimanches. Deux ans plus tard, Pierre Bouteiller, nouveau directeur de la chaîne, m’a proposé la création d’un magazine de « musique légère » chaque samedi matin, pour lequel j’ai repris le titre d’une chanson de Modiano : Étonnez-moi, Benoît… ! Cette émission, devenue fort populaire, m’a apporté un bonheur constant. J’ai pu y faire revivre quantité de musiques oubliées, et recevoir des invités merveilleux, devenus pour certains des amis. Au micro se sont succédé parmi beaucoup d’autres Suzy Delair, Maurice Baquet, Gabriel Bacquier, Charles Aznavour, Jacques Jansen, Marcel Azzola, Felicity Lott, Mady Mesplé, Michel Legrand, Marcel Amont, Françoise Hardy, Guy Béart, Francis Lai, Alain Souchon, Gérard Calvi, Denise Duval, Georges Prêtre, Jean-Michel Damase, Anne Sylvestre, Juliette Gréco, Philippe Katerine, Pierre Cardin…

L’émission fêtera ses vingt ans à Radio-France le 21 mai 2019. Elle s’est prolongée dans deux documentaires télévisuels : Les Folies de l’opérette (2001) et L’Europe de l’opérette (2009)

J’ai également écrit plusieurs spectacles musicaux : Viva l’Opéra-comique représenté une vingtaine de fois salle Favart en 2004, puis Un Messager a fait le printemps créé par la Péniche Opéra ; et j’ai adapté le livret de Véronique du même Messager pour la production du Châtelet en 2008, mise en scène par Fanny Ardant. Depuis 2005, je commente sur France 2, chaque premier janvier, le concert du nouvel an de l’Orchestre Philharmonique de Vienne. Enfin, j’organise plusieurs fois par an des soirées musicales à la Fondation Singer Polignac à la demande de son président, le professeur Yves Pouliquen.

 

Années 2010

Invité par les éditions Bartillat à rassembler quelques articles parus au fil des ans (Ma Belle Époque, 2007), j’ai publié chez Fayard deux autres recueils d’essais et de chroniques sous les titres de Polémiques (2013) et Pourquoi je préfère rester chez moi (2017), et chez Rivages un petit essai  sur la transformation des trains intitulé La Nostalgie des buffets de gare (2015).

À l’approche de mes cinquante ans, j’ai surtout amorcé une série de « romans autobiographiques » dans lesquels je raconte mon époque en miroir de ma propre vie. Le premier d’entre eux, Les Pieds dans l’eau (2008), évoque l’histoire de ma famille et celle d’Étretat. Ce livre a figuré sur les sélections de tous les grands prix littéraires, pour n’emporter finalement que deux sympathiques lauriers : Le Prix des Écrivains du Sud et le Prix de Saint-Émilion ! Paru en 2011, L’Été 76, est un livre joyeux qui évoque mon adolescence au Havre et dont quelques phrases sont désormais gravées sur un banc public dans cette même ville, près de la Porte Océane ! À nous deux Paris (2012) est une fiction plus libre, mais précisément inspirée par mon arrivée à Paris à l’aube des années 1980.

Au cours de ces mêmes années, j’ai écrit deux autres livres d’inspiration historique, quoique traités sur un mode très personnel. Le premier, consacré à l’affaire des Ballets roses, est paru en 2009 chez Grasset dans la collection « Ceci n’est pas un fait divers ». Il se penche sur l’histoire d’André le Troquer, homme politique de la fin de la quatrième république, et revient sur la figure de mon aïeul René Coty (travaillant depuis de longues années sur les archives de ce dernier, conservées par ma grand-mère puis par ma mère, j’ai procédé à leur dépôt aux Archives Nationales en 2013). le second, intitulé La mort de Fernand Ochsé (Fayard, 2018) est consacré à un personnage oublié du Paris de la Belle Époque et des années folles et rend hommage au monde disparu de l’opérette et du music-hall. Ce livre a obtenu le prix littéraire de l’École Supérieure de Journalisme.

En 2016 j’ai publié chez Gallimard un nouveau roman, Livre pour adultes, qui s’apparente à une synthèse de mes différents registres puisque s’y mêlent l’autobiographie, l’essai et la fiction. Inspiré par la mort de ma mère et par les transformations du monde de monde enfance, ce livre a manqué de quelques voix le Grand Prix du Roman de l’Académie Française… qui m’a attribué l’année suivante le Grand prix de littérature Henri Gal pour l’ensemble de mon œuvre. J’ai ensuite publié en 2018 un conte philosophique intitulé En marche !.

Diverses analyses et commentaires de mon travail sont rassemblés dans deux numéros spéciaux de la revue l’Atelier du roman : Le Voyage en France (n°31) et Benoît Duteurtre romancier (n°76),  mais aussi dans des ouvrages tels que De l’autre côté du brouillard de Lakis Proguidis (éditions Nota Bene), Les Chemins buissonniers du roman d’Alain Cresciucci (Klincksieck), Le Nouvel Ordre sexuel (Bartillat) et le Dictionnaire Chic de la littérature française  (Écriture) de Christian Authier, Le Roman du Havre de Yoland Simon (L’Aiguille)… Et on pourra s’amuser aussi à me retrouver dans quelques pages de La carte et le territoire de Michel Houellebecq, Mémoires d’un snobé de Martin de Viry, Génie Divin de Guillaume Dustan, les journaux de Jean-Edern Hallier, Gabriel Matzneff et Pascal Sevran, les chroniques de Philippe Muray (Moderne contre moderne), Patrick Besson (Avons-nous lu ?, La Cause du people) ou Philippe Lacoche (Les Dessous chics)…

Je suis Officier des Arts et Lettres, bien que je n’aie jamais pris soin de me faire remettre officiellement cette décoration. J’appartiens également aux jurys du prix Arsène Lupin, du prix Pelléas, du prix Bizet, du prix Jan Michalski, ainsi qu’à l’Académie Alphonse Allais.

 

Ma situation un peu avant 2020

 

J’ai quasiment renoncé à voyager du fait de la dégradation des conditions de transport, surtout dans les aéroports et désormais dans les trains. A l’approche de 2020, ma vie se partage donc assez régulièrement entre Paris, les séjours réguliers au Valtin, mon village vosgien, et la rituelle cure de bains de mer à Étretat pendant une partie de l’été (au cours de laquelle je commence souvent un nouveau livre) ! Je possède une assez grande capacité de bonheur, de plaisir et même d’enchantement qui doit remonter à mon enfance, et qui manifeste aussi bien en contact avec la nature, les villes, mes amis, la musique, la littérature, les arts et maints détails de la vie. Ce tempérament est toutefois contrebalancé par une certaine peur du vieillissement et de la maladie – d’autant plus que je ne me suis jamais privé de boire, de fumer, ni d’autres pratiques réputées dangereuses. Je n’aime guère en outre l’évolution du monde en général et de la société française en particulier, ce qui ne m’empêche pas de me lever assez joyeux chaque matin.

Benoît Duteurtre, photo Jean Zundel

Benoît Duteurtre, Étretat, falaise d’amont, Étretat. Photo Jean Zundel

Il m’a également fallu m’accommoder, depuis mes débuts d’écrivain, du dédain d’une partie de la critique et du sentiment parfois désagréable de me voir relégué au second plan (je n’ai jamais eu en trente ans un seul article dans des journaux comme Télérama ou Les Inrockuptibles). Ce décalage est apparu dès mes premiers romans – certes inaccomplis, mais aussi empreints d’une forme de « légèreté » peu conforme à un goût intellectuel plus sensible à l’esprit de sérieux. La parution de Requiem pour une avant garde n’a guère arrangé les choses en me valant dans ces mêmes cercles, une réputation de conservateur, aggravée par le ton satirique de certains romans. Le Prix Médicis du Voyage en France a en outre polarisé l’attention sur un roman imparfait, quand mes livres plus  aboutis sont parus au cours des années suivantes… Du coup, j’ai parfois l’impression de me trouver enfermé dans la catégorie d’un auteur sympathique mais par trop « réac », assurant des ventes modestes quoique régulières – quitte à ce qu’on découvre un peu tard les vraies qualités de tel ou tel roman : ainsi Les Pieds dans l’eau ou Livre pour adultes, dont la réputation a grandi au fil des mois, mais qui n’ont jamais bénéficié à leur parution de l’attention qu’on accorde aux livres « importants ».

Je puis du moins me réjouir d’avoir facilement publié tant de livres qui m’ont valu des succès d’estime et un public assez fidèle. Ils se prolongent par de nombreuses éditions de poche et une cinquantaine de traductions. Il me semble en outre que certains d’entre eux, pour diverses raisons diverses, ont quelques chances de rester dans les mémoires : telle La Petite Fille et la cigarette édité dans le monde entier, Les Pieds dans l’eau pour sa peinture de la bourgeoisie en villégiature, Ballets roses pour son enquête sur un fait divers politique, Service clientèle, malheureusement toujours actualité, L’été 76 pour son évocation de la ville du Havre, Le Retour du Général…

Il me semble aussi que le rythme soutenu de mes publications, ces dernières années, mérite quelques éclaircissements ; car je ne me contente pas d’écrire mes romans l’un après l’autre, mais je fais plutôt alterner divers registres qui correspondent aussi à certaines périodes de mon travail. Ainsi, plutôt que d’organiser le tout dans un même ensemble, je classerais volontiers mes livres en quelques catégories dont voici la liste, dans laquelle j’ai indiqué en gras ceux que je recommanderais le plus !

 

Romans Autobiographiques
(l’essentiel de mon travail de ces dernières années)

Anticipations
(autre ensemble important amorcé au début des années 2000)

Romans réalistes
(tableaux satiriques de la France contemporaine)

Romans fantaisistes
(« autofictions » qui correspondent plutôt à mes premiers livres)

Romans Historiques
(basés sur des personnages réels)

Essais

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Archives

À la suite de conversations avec Édouard Philippe, alors maire du Havre, j’ai signé début 2019 un contrat de don avec la Bibliothèque Municipale Armand Salacrou du Havre, en vue de lui céder la majeure partie de mes archives littéraires et musicales : notamment l’ensemble de mes livres dans les différentes éditions et traductions, l’ensemble de mes articles, divers documents et correspondances, ma bibliothèque musicale, certains objets et souvenirs liés à mes œuvres…  Dans ce don que je souhaite effectuer en plusieurs étapes figurent également plusieurs compositions datant du début des années 1980 et pour lesquelles je conserve un certain attachement.

 

                    À Paris, le 20 mars 2019

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