Benoît Duteurtre, Livre pour adultes, Michel Audétat , Le Matin Dimanche, 25 septembre 2016

Benoît Duteurtre, Livre pour adultes, Michel Audétat , Le Matin Dimanche, 25 septembre 2016Benoît Duteurtre mesure l’inconvénient d’être né

 

Pourquoi Benoît Duteurtre a-t-il fait figurer le mot « roman » sur la couverture de son « Livre pour adultes » Tous les genres s’y bousculent récit autobiographique, étude de moeurs, essai, nouvelle, apologue, liste. Sauf le roman. Du moins à première vue.
Retenons la fameuse définition qu’en donnait Stendhal « Un roman, c’est un miroir qu’on promène le long d’un chemin » Elle colle à merveille à ce « Livre pour adultes » ou l’auteur chemine le long de sa vie, se rappelle les Vosges de son enfance, médite sur la plage d’Etretat, évoque une croisière sur le Danube, célèbre magnifiquement des beautés qui disparaissent et accompagne douloureusement les derniers jours de sa mère exilée dans la maladie d’Alzheimer Comme le disait Montaigne, « on meurt par morceaux », c’est bien le probleme. Inspiré par la mort d’une mère «qui croyait à la joie de vivre», ce roman reflète et diffracte, tout au long de sa promenade, la mélancolie de voir s’éteindre, une à une, les lumières d’un monde qu’on a aimé.
« Quand nous arrivons à la moitié de notre existence, écrit Benoît Duteurtre, le balancier s’inverse et la vie antérieure prend plus d’intérêt que le monde à venir ». C’est sans doute cela devenir adulte. Mesurer l’inconvenient d’être né, donc promis à la mort. Sentir le piège qui se referme. Et conjurer l’angoisse de l’irrémédiable en retournant sur ses pas Benoît Duteurtre assume crânement cette nostalgie qui est le fruit défendu de notre époque. Il y mord même à pleines dents.
Il est surprenant que ce livre désenchanté soit en même temps si savoureux, si attentif aux éclats de bonheur et si féroce dans sa drôlerie. On y trouve même un zeste de consolation stoïcienne « La destruction des beautés qui nous sont chères », suggère-t-il, pourrait n’être qu’une « subtile mécanique engendrée pour atténuer nos regrets et rendre notre mort moins pénible »

Michel Audétat

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