Benoît Duteurtre, Polémiques, Claire Julliard, Le Nouvel Observateur, 20 juin 2013

A rebrousse-poil

Tel Groucho Marx, Benoît Duteurtre refuserait sans doute d’adhérer à un club qui l’accepterait pour membre. Voilà pourquoi, depuis des années, il dénigre les revendications de la communauté gay. Sans s’opposer au mariage pour tous, l’écrivain s’étonne que « les combattants de la liberté sexuelle en soient venus à revendiquer cette forme d’union bourgeoise et religieuse». Sa tribune de « Libération » sur ce thème lui a attiré les foudres de certains activistes. Comme, en 1995, son « Requiem pour une avant-garde », critique de l’institutionnalisation de la musique contemporaine, avait suscité de violentes réactions. Avec « Polémiques », recueil de textes graves ou légers, Duteurtre laisse libre cours à son esprit de contradiction et à son humour revigorant. L’écrivain s’y agace entre autres de l’annexion de l’espace public par d’énormes poussettes où de petits rois fainéants trônent en majesté jusqu’à un âge avancé. Homo ou hétéro, la famille, ce n’est décidément pas son truc. L’auteur de « Service clientèle » aborde aussi des thèmes plus politiques, comme la libéralisation des services publics ou le caractère sommaire de la justice en matière d’affaires sexuelles. Dans «Pourquoi tout le monde déteste la France », il pointe ce sport national et international qui consiste à railler une société conservatrice et cocardière. On peut certes déplorer les poses et le narcissisme hexagonal. Mais parfois aussi savourer le plaisir de se sentir français, un terme qui évoque « la campagne normande, les romans de Balzac ou les refrains de Gainsbourg ». L’auteur n’illustre-t-il pas lui-même ce style français fait de clarté et d’ironie? Prévaut surtout chez lui la haine flaubertienne des préjugés et des clichés. Lire à ce propos son hilarant brocardage de Christine Angot, « synthèse des lieux communs de la littérature française » telle qu’on la présente dans la presse branchée. Décidément, Duteurtre, l’écrivain à rebrousse-poil, ne craint pas de se faire des ennemis.

CLAIRE JULLIARD

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.