Benoît Duteurtre – En marche !, Charles Ficat, Revue des Deux Mondes, février-mars 2019


En marche ! Conte philosophique,
de Benoît Duteurtre, Gallimard,
224 p., 18,50 €

Au fil de ses livres, Benoît Duteurtre n’en finit pas d’ausculter le monde contemporain avec ses manies, ses bizarreries et ses errements. Ces travers qui nous irritent la plupart du temps s’agissant de nos libertés, de l’usage de la langue ou de l’esthétique publique, il sait les retourner en sa faveur et nous faire sourire. Il y a de la jouissance teintée de malice à lire Duteurtre. Ce nouveau « conte philosophique », adapté à l’heure du maître des horloges, prolonge cette veine avec bonheur. L’auteur a lu son Voltaire, son Orwell, sans oublier Le Sceptre d’Ottokar, qui constitue une source non dissimulée de cette brillante sotie. Un député fraîchement élu à 28 ans, Thomas, décide de se rendre en Rugénie, jeune État d’Europe centrale, adepte des théories les plus progressistes grâce à l’influence de l’économiste Stepan Gloss, afin d’y étudier la mise en ceuvre de ces politiques d’avenir. Attaché à citer le modèle rugène en exemple, Thomas pourrait ainsi observer sur place la pertinence de ces actions publiques : « La jeune République […] était apparue comme un exemple de société « ouverte et responsable », conjuguant réduction des déficits publics, programme écologique ambitieux et lutte contre les discriminations. Ce voyage d’étude offre au député novice l’occasion d’explorer Sbrytzk, la capitale, mais aussi la campagne et ses fermes sans animaux, jusqu’à ce qu’un conflit éclate et que le destin de Thomas bascule suite aux accusations portées contre lui au sujet d’une femme handicapée. Le récit danse, sans faiblir à aucun moment. Duteurtre n’est dupe de rien, sans aigreur ni agressivité. Après Livre pour adultes (2016), important roman symphonique, et La Mort de Fernand Ochsé (2018), il poursuit patiemment la construction de cette ceuvre qui occupe une place singulière dans le paysage littéraire entre la satire contemporaine et une inclination pour la douceur inégalée des temps passés.

Charles Ficat

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