À deux pas de Notre-Dame de Paris: le chantier fou de l’Hôtel-Dieu Par Benoît Duteurtre dans Le Figaro du 14 et 15 décembre 2019

26 avril 2019. (Photo Eric Feferberg / AFP)

BENOÎT DUTEURTRE

La cession à un promoteur immobilier du tiers de l’Hôtel-Dieu, à proximité immédiate de Notre-Dame de Paris, est un acte de vandalisme architectural et contribue à la « disneylandisation » du cœur historique de l’île de la Cité, s’alarme l’écrivain*.

 

À deux pas de Notre-Dame de Paris: le chantier fou de l’Hôtel-Dieu

À l’ombre de Notre-Dame et en plein débat sur sa restauration, une polémique moins bruyante se développe sur l’île de la Cité, mettant en lumière les dérives immobilières de l’AP-HP et la mutation touristique du centre de Paris. Début 2020, en effet, l’Hôtel-Dieu, le plus ancien hôpital parisien et le seul service d’urgences au cœur de la capitale, verra un tiers de sa surface (20 000 m²) cédé pour une durée de quatre-vingts ans au promoteur Novaxis en échange d’un loyer. Celui-ci développera des commerces et d’autres activités – la partie privatisée étant la plus agréable avec son entrée donnant sur la cathédrale et son vaste jardin conçu pour le repos des malades.

Mais, comme l’Assistance publique ne veut pas donner l’impression de réduire ses activités, elle a fait le choix de construire simultanément de nouveaux bâtiments hospitaliers dans les cours donnant rue d’Arcole – quitte à densifier ce quartier d’habitation en supprimant de vastes espaces qui auraient pu conserver leur vocation initiale de jardins !

Ce n’est pas la première fois que l’AP-HP procède à de telles cessions immobilières, comme la fermeture de l’hôpital Laennec, qui avait permis la valorisation de terrains dans un secteur hors de prix. De même, pour l’Hôtel-Dieu, l’Assistance publique avait envisagé une fermeture totale avant d’adopter, face à la levée de boucliers,

La volonté de transformer les abords de la cathédrale en complexe touristique est manifeste

cette étrange solution qui consiste à enlever des surfaces aux activités hospitalières pour les reconstituer ailleurs, au détriment de la cohérence du bâtiment édifié sous le Second empire.

Tel est du moins l’avis de la commission du vieux Paris, qui s’est réunie le 21 novembre et a dénoncé « cette opération de vandalisme architectural » et un projet scandaleux, affranchi de toute considération patrimoniale, aux abords immédiats de la cathédrale Notre-Dame et des berges de la Seine, en contradiction totale avec la protection dont bénéficient ces deux sites emblématiques ». Elle dénonce en particulier « le projet de construction de bâtiments massifs de quatre étages, élevés à la hauteur des ailes historiques », qui « défigureraient l’alignement de l’hôpital et supprimeraient l’alternance des pleins et des vides caractéristique de l’architecture hospitalière ».

On sait avec quel dédain la Ville de Paris a traité parfois les avis de cette commission. Mais les associations du quartier ont également rencontré Ariel Weil, maire du 4e, qui s’est montré attentif. Le dossier est remonté jusqu’à Anne Hidalgo, qui, dans le contexte de pré-campagne électorale, vient d’écrire à Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique, pour lui demander de revoir sa copie. La Mairie avait pourtant approuvé la mise en oeuvre initiale du projet.

Car l’aménagement de l’Hôtel-Dieu rejoint, à quelques nuances près, le vaste plan de transformation de l’île de la Cité présenté en 2016 sous le parrainage d’Anne Hidalgo et de François Hollande: transformation qui inclut l’ouverture au public d’une partie de l’hôpital, mais aussi la « rénovation >> du charmant marché aux fleurs englouti sous une cloche de verre ou l’installation d’une dalle transparente devant la cathédrale et l’accès des touristes par bateau.

Autant de chantiers grandioses ne devraient pas faciliter la vie des habitants, déjà lourdement touchés dans leur quotidien depuis l’incendie du mois d’avril. Devront-ils également avoir sous les yeux de nouveaux murs inhospitaliers bouchant les anciennes cours dessinées en un temps où le vert n’était pas seulement un slogan? D’autres voix s’inquiètent des vibrations que risquent de produire les fondations creusées à deux pas de la fragile structure de Notre-Dame. Mais toute coordination semble abandonnée, sauf cette volonté de transformer les abords de la cathédrale en complexe touristique. C’est ainsi que l’AP-HP s’apprête à lancer son propre chantier, qui joint l’inutile au désagréable, sacrifie le style d’un bâtiment historique et néglige les intérêts d’un quartier vivant autour de cet hôpital qui, comme beaucoup d’autres édifices parisiens, mériterait d’être entretenu plutôt que bouleversé.

* Dernier ouvrage paru: «En marche ! Conte philosophique » (Gallimard, coll. « Blanche », 2018).

 

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